Mathieu Beauséjour

Corpus icarus

Avec le corpus Icarus, je ne prétends pas faire une analyse critique du Pouvoir ou du Capitalisme, il m'importe plutôt de proposer une vision personnelle des dérèglements de l'esprit que cause l'attraction du Pouvoir et du Soleil par une mise en forme plastique qui s'inscrit dans l'univers symbolique de l'art. Icarus est une proposition artistique qui prend forme en dessins, en oeuvres graphiques, en installations, en sculptures, en sons et en performances. Ce corpus prend son origine dans le mythe d'Icare et s'inspire d'une multitude d'images. Au culte de Mithra et du soleil invincible (ou invaincu) Sol invictus se superposent des images de la Révolution française, des théories de la consumation, du don et de la perte telles qu'esquissées par Georges Bataille. Icarus se veut aussi une interprétation de visions imaginaires et sonores dans le but de proposer une oeuvre qui traverse des préoccupations esthétiques, révolutionnaires, économiques et philosophiques.

J'ai abordé l'exercice de rédaction du mémoire-création comme j'appréhende la création artistique et le monde en général : une sorte de chaos à partir duquel il me faut extraire du sens. J'ai donc juxtaposé des textes, des idées et des concepts d'origines diverses pour en souligner les continuités, les rapprochements et les filiations. Ces objets de référence ont été modulés pour créer un ensemble logique et identifier des points de repère conceptuels au projet artistique Icarus.

Quant au corpus d'oeuvres, il est le résultat de près de vingt ans de recherche et d'expérimentation, d'apprentissage et d'accumulation de connaissances. Les oeuvres d'Icarus sont apparues sous plusieurs formes; le dessin, le son, l'installation, la performance, la modification corporelle... à l'image de mes productions artistiques antérieures. Ce qu'il y a de nouveau dans Icarus c'est une volonté de détachement, de lâcher prise sur le monde concret et temporel pour mettre de l'avant la création d'un monde imaginaire avec des monstres (le Soleil, l'acéphale, le drone) et une trame narrative (le mythe d'Icare, le culte du Soleil, le capitalisme tardif). Si les composantes de La récolte et La révolte posaient un regard politisé sur le monde, les oeuvres de La chute de l'empire, fonctionnent quant à elles en stasis, en battement aveuglé de l'être au-delà des préoccupations sociales tout en proposant une application politisée de mon processus de travail tant au niveau de l'échelle des moyens que de l'écologie des matériaux et de l'emploi du temps.

Directrice de recherche : Hélène Doyon