Science de la nature/nature de ma peinture
Nous nous en confessons, notre projet est d'une prétention utopique, à la fois naïve et troublante : il consiste à démystifier le pouvoir de séduction de la nature pour ensuite le transposer à une production artistique, rien de moins. Cette approche candide comme celle du gamin qui démonte son robot pour enfin voir ce qui le rend «vivant», peut aussi cacher les inquiétantes motivations de l'érudit qui manipule la génétique, en quête d'une révélation sur l'auguste pouvoir de la vie. Cette métaphore traduit avec éloquence l'approche et le développement de notre thématique : en décortiquant la beauté de la nature, peut-être arriverons-nous à saisir son pouvoir de séduction?
Tout comme certains insectes qui façonnent leur apparence pour se dissimuler dans la nature, l'esthétique utilise aussi des tactiques de mimétisme pour s'infiltrer en elle. Nous en avons relevé quelques-unes que nous résumons en cinq principes : le nombre d'or, la suite de Fibonacci, la spirale logarithmique, le cercle et la symétrie. Ces principes forment l'aspect structurel du corpus pictural, ils correspondent au traitement plastique de l'œuvre. Ils serviront à définir la thématique de notre propos artistique : les théories scientifiques.
Même les théories scientifiques sont contaminées par la beauté, parce que le sentiment esthétique ne se limite pas qu'à l'apparence physique. On peut aussi, théoriquement, ressentir la beauté : c'est une beauté conceptuelle, et elle passe par l'intellect. Inévitabilité, unité et simplicité, voilà quelques caractéristiques de l'esthétique des théories. Le choix des théories scientifiques qui sont transposées picturalement, s'est fait sur la base de leur appartenance aux deux grands pôles de la pensée scientifique ; hasard et nécessité. Apparemment opposées, on comprendra comment, au contraire, ces théories sont intrinsèquement liées.
Notre champ d'étude est vaste, il passe de l'esthétique concrète de quelques principes qui animent la beauté du monde, à l'esthétique abstraite des théories qui régissent lesdits principes. Pour maximiser le sentiment esthétique qui investit le corpus artistique, la réception sensorielle de la beauté formelle est combinée à la réception cérébrale de la beauté conceptuelle. À la fin de cet ouvrage, on trouvera une description analytique des tableaux qui appuient cette recherche, ce qui permettra de retracer les différentes parties du discours théorique, et de voir de quelles façons elles ont été traduites en langage pictural.
Directeur de recherche : Raymond Lavoie








