L'effet peinture : le questionnement sur la portée critique de l'oeuvre en relation avec ma pratique picturale
Ce travail rassemble quelques écrits théoriques abordant la problématique de la finalité et de l'effet de la pratique artistique. Leur mis en présence tente de circonscrire différents aspects de l'impact de l'oeuvre d'art et de faire état des divers formulations de cet impact.
Les différents critères que les auteurs de ces différents écrits emploient pour discourir sur la pratique artistique permettent de grouper leurs écrits selon qu'ils donnent la priorité aux valeurs artistico-historiques de l'oeuvre ou qu'ils se concentrent sur ses valeurs socio-historiques.
Certains de ces auteurs font la théorie de la pratique picturale en termes d'engagement réciproque entre l'artiste et le spectateur, et soulignent la dimension interindividuelle de l'expérience perceptive. Les autres, en inscrivant ces pratiques dans des fonctions sociales plus larges, la définissent en tant qu'élément dynamique du processus social, ou encore la perçoivent comme un moyen de pression politique.
Dans ces divers systèmes l'objectif de l'art est défini tantôt comme l'obligation de «produire sur l'esprit un effet de plaisir», tantôt comme la responsabilité vis-à-vis du spectateur de l'éclairer sur sa condition, tantôt comme le devoir d'exprimer des messages politiques.
Ces conceptions divergentes de la pratique picturale génèrent de nombreuses descriptions de son impact. Selon certains cet impact se limite exclusivement à l'influence de l'oeuvre sur des spectateurs qui seront prêts à partager les intérêts et les engagements de l'artiste. Pour d'autres il est infiniment plus vaste. Puisqu'ils voient la pratique artistique en tant qu'activité qui organise et structure l'environnement social et culturel dans lequel elle se situe. Parmi ceux qui mesurent l'impact de l'oeuvre d'après sa capacité d'influencer la réalité sociopolitique, les uns déclarent inopérantes toutes les stratégies picturales actuelles, tandis que les autres revendiquent l'efficacité et l'universalité de certaines d'entre elles.
Cette coexistence de conceptions contradictoires de l'art pourrait être interprétée comme le signe de la décadence artistique dans laquelle, selon Donald Kuspit, nous vivons actuellement. Elle serait «l'indice de l'insécurité stylistique et, même plus fondamentalement, de la simple incertitude sur le caractère de la nécessité de l'art»¹.
Il semble que c'est seulement par la superposition de ces différentes vues qu'on pourrait atteindre à une vision plus équilibrée de l'art. Puisque chacune des conceptions de l'art mentionnées dans ce travail, même si elle élargit notre compréhension de ces questions, ne parvient pas à intégrer dans son système tous les aspects de la pratique artistique.
¹ Kuspit, Donald. 1993. Art and the Moral Imperative, Chap. in Signs of psyche in Modern and Posmodern Art, p. 139. New York. Cambridge University Press.
Directrice de recherche : Louise Poissant






