Virginie Laganière

Décalages psychogéographiques : une pratique artistique croisant la mobilité du sujet, l'investigation du territoire, le déphasage du son et de la vidéo

Ma pratique artistique est animée par l’influence de l’environnement immédiat sur les modalités de perception dans un contexte de mobilité. Elle porte sur un rapport au lieu, à la perception et à l’observation par le truchement de fragments vidéographiques et sonores déphasés, dans le but d’opérer un regard renouvelé sur les sites traversés quotidiennement.

Dans cet esprit, la densité générée aujourd’hui par le bruit visuel et auditif en milieu urbain ne serait-elle pas favorable à l’apparition de modalités de perceptions diverses? La mobilité du paysage pendant nos déplacements quotidiens, ou la mobilité des gens lorsque l’on se prête à l’observation ne serait-elle pas propice à un état psychique d'attention qui procure un relief inédit sur le paysage immédiat? Ma position ne condamne pas cette réalité contemporaine, elle y voit au contraire un terrain riche en expérimentations pour tester à travers ce brouhaha d’informations les fictions possibles qui peuvent en découler. C’est conséquemment sur cette hypothèse que ma recherche prend son essor, sur l’expérience des lieux et par l’insertion saugrenue de dispositifs médiatiques dans des trajectoires urbaines. Depuis 2003, des réalisations artistiques produites en solo ou en collaboration ont été développées dans cette lignée. Surfaces de réparation (2003), Sédiments (2005), Hot Spots (2005) et Sondes (2006) ont toutes, à leur manière, expérimentées un mode de diffusion sonore ou vidéographique par le détournement d’objets utilitaires (casque jaune anti-bruit, voiture de taxi, vélo, cerf-volant) dans un contexte de promenade.

Néanmoins, avant d’arriver à la réalisation d’un projet artistique, ma méthode de travail est tout d’abord initiée par ce que j’appelle : la phase d’investigation du territoire. Elle implique une cueillette d’informations : prise de notes, captation photographique, vidéographique et sonore. Elle se poursuit ensuite par le traitement des données recueillies pour parvenir à construire des imaginaires poétiques et inusités en réunissant des lieux délocalisés. Finalement, cette recherche prend forme au sein de monobandes vidéographiques, d’interventions urbaines ou d’installations médiatiques et parfois d’un site Web qui vient parallèlement documenter chacune des parties relatives au processus de réalisation.

Ainsi, ce texte d’accompagnement intitulé Décalages psychogéographiques : une pratique artistique croisant la mobilité du sujet, l'investigation du territoire, le déphasage du son et de la vidéo aborde les thématiques soulevées par ma pratique artistique telles que; les points de transit, ces espaces forgés par la mobilité; la perception, dans un rapport à la psyché en relation aux dispositifs modulant le rapport au Monde; la mobilité comme initiateur d’imaginaires inattendus et enfin la psychogéographie, une utopie développée chez les situationnistes qui se transfère au sein de ma pratique en tant qu’attitude exploratoire.

Directeur de recherche : Jean Dubois