Édith Brunette

caméraroman : tactiques de réappropriation des images, textes et lieux de la communication de masse par une intervention extramuséale

Ce texte accompagne le projet Caméraroman, présenté à la Galerie de l’UQAM en septembre 2011. Il en expose le cadre théorique, les références historiques et philosophiques, mais également ma conception du rôle de l’art dans la société. Regard et discours privilégiés sur le monde, l’art comporte à mes yeux une dimension politique par définition, que celle-ci soit ou non assumée par l’artiste. Néanmoins, discréditée par les échecs relatifs de nombreux mouvements d’avant-gardes – instrumentalisés par les pouvoirs étatiques ou simplement récupérés par les institutions artistiques –, la relation entre l’art et le politique semble aujourd’hui être l’objet d’un tabou.

Contre ce refus répandu des artistes actuels de revendiquer un rôle social, ce mémoire cherchera à tracer un historique partiel des artistes qui, depuis les avant-gardes historiques et jusqu’à nos jours, ont voulu intensifier le dialogue entre l’art et la société. Plus spécifiquement, je m’intéresserai à la manière dont cette volonté politique s’est manifestée dans un travail de réappropriation des matériaux (textes, images) et espaces de la communication de masse, et aux tactiques de mise à distance employées comme catalyseurs d’une pensée critique chez le spectateur. J’y aborderai ainsi les idées de théoriciens ayant placé la mise à distance au centre de stratégies artistiques destinées à renouveler notre regard sur le monde, à travers les concepts de défamiliarisation et de distanciation développés respectivement par Victor Chklovski et Bertolt Brecht. Il s’agira surtout d’observer comme cette idée de la mise à distance fonde la base du travail d’artistes qui, depuis Dada jusqu’aux Yes Men, ont voulu modifier la relation entre l’art et le public, et à travers elle, la relation entre l’individu et la société.

De telles tactiques, qui passent, d’une part, par la création d’écarts entre les différentes composantes d’une œuvre (les textes, les images qu’on y retrouve) et, d’autre part, par la distance entre l’œuvre et le contexte dans lequel elle s’insère, sont centrales dans ma propre démarche. J’en analyserai l’importance deCaméraroman, un projet en deux phases qui joue à la fois sur l’appropriation de dialogues du cinéma hollywoodien et sur leur transposition dans des cadres quotidiens. Une série de performances discrètes réalisées dans les espaces publics sert alors de base à un travail de documentation s’appuyant sur la possibilité de récupérer ou non les enregistrements des caméras de surveillances présentes sur les lieux – avec tous les risques d’échec que cette démarche comporte.

Directeur de recherche : David Tomas