Balise et valise. l'installation comme lieu transitoire : réalisation de projets utopiques
Comme sujet de recherche en maîtrise, je m'intéresse aux utopies véhiculées autour de nouveaux médiums de communication et particulièrement à l'Internet. Malgré ou justement parce que l'Internet est un médium de communication si nouveau et potentiellement si puissant, on le désigne comme une nouvelle frontière à coloniser. L'extension logique de ces discours a favorisé l'émergence d'une pensée utopique liée à l'Internet.
Les utopies véhiculées lors du 20e siècle, utopies politiques universelles, comme le communisme et l'utopie moderniste sont liées à la révolution industrielle. Elle véhiculent, entre autres, un discours qui prévoit l'amélioration de la condition humaine dans un avenir proche. L'avènement de l'Internet crée une pensée utopique non pas liée à l'émergence d'une société meilleure dans un espace déterminé, mais favorise un discours évoquant un lieu utopique désincarné.
Il est particulièrement intéressant de constater que le discours utopique élaboré il y a quinze cents ans par St-Augustin, maintes fois repris dans des cadres théologiques et même par diverses sectes et religions, soit maintenant récupéré et appliqué par certains des créateurs et utilisateurs d'un produit de haute technologie. La Raison qui, selon Nietzsche annonçait la mort de Dieu, a réussi à créer une nouvelle technologie qui, selon Virilio est une technique de substitution qui se réfère aux attributs du Divin : l'ubiquité, l'instantanéité, la faculté d'être à la fois omniprésent et omnivoyant.
Dans mon travail de recherche, je reprends donc des anciennes conventions qui ont évolué autour des notions liées au lieu utopique et ultimement à la Cité idéale, aujourd'hui transposé en Cité virtuelle. Les enjeux sont maintenant de savoir quels territoires nous allons occuper et de calculer les conséquences de l'exclusion volontaire de l'une ou l'autre de ces deux Cités. Si pour St-Augustin, la Cité de Dieu et la Cité terrestre maintenaient une communication constante, aujourd'hui, il reste à définir que sera le dialogue entre la Cité physique et la Cité virtuelle pour ensuite choisir quelle cité nous désirons habiter.
L'exposition
Comme exposition de fin d'études, je réaliserai une installation en trois temps. La citation de Montaigne «Celui qui est partout est nulle part», sera écrite de façon fragmentaire dans trois espaces :
• Sur un premier site Web, l'on retrouve le fragment «Celui qui est» placé dans un environnement qui est à la fois familier tout en étant fictif.
• Le second site Web présent le fragment «partout est».
• Et finalement pour le troisième fragment «nulle part» aura une présence physique dans l'espace de la Galerie Dare-Dare. Les lettres des mots seront fabriquées (écrites) avec des panneaux de gypse de 3 pieds par 6 pieds, permettant donc des lettres à ces dimensions, soit 3 pieds de large par 6 pieds de haut.
Les spectateurs auront accès physiquement qu'à un seul des trois lieux, soit le troisième et dernier lieu : ils pénétreront alors dans un espèce d'espace physique (nulle part) du langage. L'ensemble de la phrase «celui qui est partout est nulle part» ne sera perceptible que par l'accès à un site Web. Les trois lieux seront présentés en séquence sur Internet et l'ensemble de l'œuvre ne prendra son sens que sur ces sites Web.
Directeur de recherche : Robert Saucier







